Itinéraires d’un enfant gâté
« Je suis le fils de l’homme et de la femme, d’après ce qu’on m’a dit. Ça m’étonne… je croyais être davantage ! »
Les chants de Maldoror – Lautréamont
Même si j’ai été élevé à la dure, ma position sociale actuelle me donne à penser que je suis un privilégié, un enfant gaté.
Tellement gaté, que le samedi soir je vais au restaurant moi, messieurs dames.
Tellement pourri par mon rang que quand je sors, je ne vais pas dans n’importe quel boui-boui du coin, non ! Moi, je vais au restaurant Itinéraires.
Et même si tous les plats comportent des suppléments, je les prends en riant !
Ma désinvolture me pousse même à choisir une côte de veau après mon foie gras poché. De l’exiger avec des légumes fondus par la graisse de l’animal. Pas des haricots verts, ah ah, le prolétaire ! Des asperges, des cœurs de blettes, des légumes nobles en somme.
Là où d’autres seraient rassasiés, moi je pouffe et je commande fromages et dessert.
Et puis moi, je bois messieurs dames : du Foucault, du Villard, du Mellot, j’aligne les noms et les bouteilles, je trinque à la santé des bourgeois qui m’entourent. Nous nous regardons, cela nous rassure, nous nous détestons.
Tout était très bon… mais à quels prix ?